preload
Yann Perreau

yannphoto1
Bonjour!
Comme vous l’avez sûrement constaté, j’ai pris congé d’écriture tout l’été. J’avais trop de pain sur la planche avec mes différentes activités. Ça m’a permis de refaire le plein de trucs à raconter. Je reprends donc la plume pour d’autres récits hebdomadaires ou bimensuels, selon mon horaire. Je compte continuer jusqu’à la fin de ma tournée, donc jusqu’à l’été 2011, si ça vous convient toujours, bien sûr.
Bien à vous,
Yann
yannphoto2yannphoto3yannphoto4

Embarque dans mon char!

Destination : Charlevoix

Début septembre, rentrée scolaire: occasion parfaite pour reprendre la plume et recommencer à jouer au guide touristique! Ouf! Cet été fut franchement l’un de mes plus mouvementés depuis longtemps. Francofolies (Montréal et Spa), Fêtes Nationales (Joliette, Montréal et St-Eustache), Mur du Son et Festival d’Été à Québec, différents festivals extérieurs dont Buckingham, Cowansville et Baie St-Paul, dans Charlevoix, où nous aurons terminé en beauté cette tournée estivale.

Parlant de Charlevoix

Chaque fois que j’investis les premières côtes peu après Ste-Anne-de-Beaupré, que mes oreilles commencent à faire des free games, (je veux dire à cause de l’altitude, pas à cause des génies de radios poubelles…). Dès que les odeurs de varech commencent à piquer agréablement mon odorat, un sentiment d’évasion pure envahit mon cœur de trucker.

Émotion qui, dans d’autres circonstances, me donne, sur le champ, envie de me déboucher une bière… Mais dans ce contexte « on the road », je m’abstiens et je me contente d’arrêter à la SAQ Sélection sur le bord de la 138 Est, me laissant conseiller d’excellents vins par les toujours sympathiques préposés.

Chez René

Parce que ça prend un bon coup de rouge quand l’ami René nous accueille dans sa Maison Rouge. L’ami René est voyageur et importateur d’œuvres d’art. Un personnage fascinant aux milles et unes histoires, comme on en côtoie peu dans une vie. C’est pour ça que j’aime voyager.

On a fait sa connaissance à Buenos Aires le soir de Noël, en compagnie d’un autre couple d’amis québécois, Anne et François. Les circonstances de cette rencontre seraient trop longues à raconter, mais j’abrégerai en disant qu’un coup de foudre en amitié, ça le fait fort et solide. Magique.

À St-Irénée

Donc, la Maison Rouge se situe rue Principale à St-Irénée, tout petit bled entre St-Joseph-de-la-Rive et La Malbaie sur la 362 Est. Tout le monde du village doit se connaître ou presque.

Je ne suis certainement pas loin de ne pas me tromper si j’avance qu’il y a : deux restaurants, un magasin général, une caisse populaire (sans guichet automatique), une église, un terrain de baseball, cinq ou six galeries d’art et artisanat, en plus d’une dizaine d’auberges et autres bed & breakfast. Un forgeron, un potier et des fermiers / agriculteurs, c’est vrai.

Il y a aussi, l’institution du Domaine Forget qui, en plus d’offrir une programmation artistique au printemps et à l’automne, est le foyer d’une Académie internationale de musique et de danse pour les jeunes et futurs professionnels. www.domaineforget.com

Mais surtout, et c’est ça le plus grand atout, la carte cachée des bons vivants de St-Irénée: la splendeur envoûtante du fleuve. Accessible à tous, en plus…

J’ai osé m’y tremper jusqu’aux roubignoles, mais suis sorti aussitôt parce que j’ai cru qu’elles allaient rentrer à jamais dans mon corps… À St-Irénée, on ne se baigne plus tellement dans le temps des Perséïdes. (En passant, saviez-vous qu’on appelle aussi « Larmes de St-Laurent » cette pluie d’étoiles filantes?! J’en ai attrapé une dizaine au vol… J’ai relancé des vœux pour mes potes.)

Santé à l’amitié!

Bien sûr qu’on a passé du temps exceptionnel à St-Irénée.  Bouffes royales agrémentées de produits du terroir (confit de canneberges et bleuets, framboises sauvages, rillettes de canard, terrine de wapiti, mousse de crevettes maison, fruits de mer tout frais sortis d’en bas, etc…). À boire de délicieuses bouteilles, à s’emplir les poumons d’air salin… En pleines montagnes.

On a marché sur la longue plage avant de s’aventurer dans des sentiers boisés d’où nous avons escaladé des falaises qui surplombent l’estuaire à couper le souffle. On a joué à se prendre en photos, tous déguisés en cow-boys à bord de la Valiant 1964 de René, on est allé se baigner dans des cascades secrètes pratiquement inconnues des habitants du coin… Et plus encore!

Évidemment, il y a une foule d’autres endroits bénis des dieux à visiter dans cette majestueuse région qu’est Charlevoix. À vous de vous offrir le trip. Toutes les saisons (et les raisons) sont bonnes. Risquez-vous! Vous risquez même d’y trouver des amis. Eh! Eh!

yannphoto5

Yann Perreau se mérite un prix Miroir cette année au Festival d’été de Québec! En effet, il rafle le prix Miroir de la chanson d’expression française! Ce prix est accompagné d’une bourse de 3000$.

Quelle bonne nouvelle! Une tournée de shooters!

Pour voir tous les lauréats, cliquez ici!

Catégorie : Au quotidien

Par bonsound 17 mars 2010 / Aucun commentaire »

Yann Perreau est semi-finaliste pour le Micro d’Art 2010! Vous pouvez aller voter par courriel jusqu’au 23 avril, date à laquelle les résultats seront connus!

Le Micro d’Art M103,5FM 2010 a pour but de récompenser un artiste lanaudois qui s’est démarqué en 2009 et qui fait rayonner Lanaudière par ses accomplissements!

Toutes nos félicitations Yann!

Catégorie : Au quotidien

Regardez ça, c’est complètement délirant! Un vidéoclip réalisé par des étudiants de l’UQÀM… Wow!!

Yann ;-)

Image de prévisualisation YouTube
Catégorie : Au quotidien

J’AI BEAU ÊTRE EN VACANCES, J’AIME LIRE LES JOURNAUX… PRENEZ UN P’TIT 5 MINUTES, SI VOUS N’AVEZ PAS LU CECI.

YANN

 

Louis Hamelin, Écrivain et collaborateur du Devoir 

Édition du samedi 11 et du dimanche 12 juillet 2009 

C’est bizarre, la mondialisation. Les capitaux sont transnationaux. La parole aussi, en principe. Mais elle ne voyage pas toujours aussi bien. Le fric peut provenir des plus grandes places financières de la planète, l’opinion, elle, devra être tricotée dans la meilleure laine du pays. C’est ainsi que l’on pense encore au pays de Québec.

S’autoriser des quelques erreurs factuelles contenues dans le désormais fameux article de Le Clézio dans Le Monde, publié la semaine dernière, pour refuser de débattre des idées de son auteur était un exercice facile et je comprends très bien que la classe médiatique locale n’ait pu y résister. Mais si l’on s’en tient au sens des mots, présenter Hydro-Québec comme une multinationale «caractéristique du grand capitalisme» était plutôt bien vu, je trouve. 

Peut-être est-il fini le temps où les ingénieurs du cru se faisaient tasser par la Bechtel de San Francisco à l’intérieur même de la Société d’énergie de la Baie-James, mais notre expertise collective aide désormais à barrer des fleuves chinois. Et quand un gouvernement devient dans les faits le bras légal de la grande entreprise, la soi-disant société d’État doit être considérée pour ce qu’elle est, ni plus ni moins: une grosse compagnie. 

Peau de chagrin 

Le Clézio n’a pas raison d’affirmer que le projet de la Romaine condamne le peuple innu à la mort. D’autre part, même une visite éclair des lieux le convaincra aisément que le mode de vie ancestral dont il est question dans sa lettre est une peau de chagrin dont les pouvoirs spirituels n’opèrent pas toujours devant l’avance au galop du monde techno-industriel. Le Clézio a raison sur l’essentiel, ce qui n’est déjà pas si mal: «Pour répondre à la demande grandissante d’énergie des régions les plus avides de notre planète, l’on sacrifie l’existence, l’avenir, la beauté du précieux héritage commun.» C’est de cela qu’il faut parler. 

Le 26 juin dernier, je me trouvais sur les bords de la Romaine, en train d’aider («essayer d’aider» serait plus juste…) trois Innus à dresser un campement traditionnel sur une longue pointe de sable où un vent allié venait balayer taons et mouches noires. Un peu plus loin, la structure nue du shaputuan, équivalent innu de l’arbre à palabres, avait la beauté d’une oeuvre d’art abstraite. Ce sont des images de calme et de paix. À l’intérieur, cependant, j’étais déchiré par un extraordinaire contraste, habité par de tout autres scènes. 

La veille, en compagnie du cinéaste Pierre Bastien, j’avais visité, loin en amont de l’île où nous étions, le chantier de la Romaine. Une expérience presque amusante. Comme se promener dans un gigantesque parc Tonka. Avec un casque de sécurité sur la tête et, sur les épaules, le même dossard fluo que les autres, c’est comme si vous deveniez soudain «one of the boys». Un bon travaillant, fourmi dans la fourmilière. 

Rien pour l’arrêter 

Je ne sais pas bien comment parler de ce que j’ai vu là-bas. Je ne le savais pas, avant l’autre soir. Jamais encore je n’avais été saisi d’un tel sentiment d’écrasante fatalité devant la marche inexorable du progrès. Ça vous prenait à la gorge. On n’en était encore qu’au chantier du camp de base (le «pad»), un kilomètre au nord de la 138, et au milieu des nuages de poussière et des rugissements de la machinerie, du va-et-vient des bulls, des grues, des grattes, des excaveuses et des camions à benne Volvo, on avait l’impression de comprendre enfin ce que les gars du Havre, eux, savaient déjà bien avant que les béni-oui-oui du BAPE se fassent aller le tampon: ce projet-là se ferait, pour toutes les bonnes raisons (lutte contre le chômage et l’exode des jeunes) et toutes les mauvaises (nourrir le Moloch d’une civilisation hyperactive; le grand mensonge d’une énergie verte) et rien ne pourrait l’arrêter. Je n’avais qu’à regarder autour de moi. 

Rien ne pouvait déjà plus l’arrêter. Et c’est ce que les négociateurs de la société d’État ont sans cesse répété à leurs vis-à-vis innus de la bande d’Ekuanitshit. Le projet va se faire. 

À partir de là, on peut discuter… Ils étaient d’autant mieux faits pour s’entendre, tous ensemble, que les négociateurs innus étaient eux-mêmes gracieusement payés par la compagnie Hydro-Québec, promoteur du projet! 

John Saul nous dirait sans doute qu’il s’agit là d’un bel exemple de la circularité de la pensée autochtone. Voici Grand-Père Diderot de Québec, présidant à table, y dispensant ses largesses d’un bord comme de l’autre, reconduisant, à l’ère technocratique, un paternalisme qu’on croyait disparu, mais qui a simplement été modernisé et recyclé, comme pas mal tout le reste. 

Souvenir de Vigneault 

Quatre barrages. Quatre bassins. Quatre, quatre, quatre, disaient les canards, les perdrix et les sarcelles. 

Quand nous avons roulé encore dix kilomètres plus au nord, sur ce chemin de terre tout neuf déroulé au milieu des tourbières condamnées, des abatteuses à l’oeuvre, des rochers éventrés et forés et fourrés de bâtons de dynamite, dans la poussière et le bruit toujours, et que nous sommes parvenus tout à la pointe de ce dispositif géant, au bord d’un fleuve appelé la Romaine, de sa petite plage de sable jonchée de fragments de pierre éclatée projetés par les dernières explosions, juste en haut de la deuxième chute, je me suis rappelé le Vigneault de Fer et titane: «Des animaux vont périr [...] / Mais regarde-moi donc dans les yeux / Tout ce monde à rendre heureux…» 

Je savais déjà que je n’étais pas venu sauver la Romaine. Je n’écris pas ceci pour sauver la Romaine. Peut-être la Sheldrake. Peut-être la Mécatina, un instant tombée dans les bonnes grâces du BAPE, puis aussitôt sacrifiée par la babilingue et bêlante catin qui nous sert de premier ministre. 

J’écris ceci pour l’amie blanche qui m’a aidé à comprendre ce que j’avais vu et senti là-bas, à la Romaine. 

C’est une tragédie, m’a-t-elle dit. Dans une tragédie, impossible d’échapper à son destin: on tue le père, on viole la mère et on s’éborgne soi-même et tout est écrit d’avance. La perte est irréparable et il n’y a aucune issue. 

Et c’est ce que vivent présentement les Innus de la bande de Mingan. Quand il écrit que «la destruction de la rivière Romaine [est] un drame irréversible…», J.M.G. Le Clézio commet une autre erreur, mais minuscule, celle-là. 

Ce n’est pas un drame. Il faut que cela soit dit, et que les bons mots soient utilisés: le harnachement de la rivière Romaine est une tragédie.

Catégorie : Au quotidien